Deux mille ans de passage

Histoire de la rue Sainte-Catherine

Bien avant les vitrines, c'était la grande rue de la ville romaine. Elle a gardé son tracé pendant deux millénaires, a pris le nom d'une chapelle disparue, vu naître le Grand-Théâtre et les grands magasins, avant de devenir, en 1984, l'une des plus longues rues piétonnes d'Europe.

  1. Antiquité

    Le cardo de Burdigala

    Plan de Bordeaux : l'étendue de la ville antique, en orange, et l'emplacement de l'amphithéâtre, sur le plan actuel des rues
    La ville antique (en orange) sur le plan actuel de Bordeaux. Joël Thibault, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

    Dans la ville romaine de Burdigala, la rue Sainte-Catherine est le cardo, l'axe nord-sud. Il croise le decumanus, l'axe est-ouest, qui suit les actuelles rues Porte-Dijeaux et Saint-Rémi : ce carrefour, au niveau des n°18 et 19, est donc le plus ancien de la rue.

    À la fin du IIIe siècle, la ville se replie derrière un rempart dont le tracé est celui des cours de l'Intendance et du Chapeau-Rouge, de la rue des Remparts et du cours d'Alsace-Lorraine. Seule la partie nord de la rue, jusqu'au cours d'Alsace-Lorraine, est alors dans la ville fortifiée.

    Aujourd'hui : c'est le carrefour des rues Porte-Dijeaux et Saint-Rémi, à quelques pas de la Comédie. Dans la rue, téléphone en main, « Je suis dans la rue » vous y guide.

  2. Moyen Âge

    Une chapelle lui donne son nom

    La rue doit son nom à une chapelle Sainte-Catherine. Ses derniers vestiges ont disparu en 1835, quand on a construit à sa place le Bazar bordelais.

  3. 1749 – 1754

    La porte d'Aquitaine, au sud

    La porte d'Aquitaine, arc de pierre à fronton triangulaire, photographiée avant 1900
    La porte d'Aquitaine, avant 1900. photographe inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons

    Au bout sud de la rue, l'architecte André Portier élève une porte monumentale à la place de la porte Saint-Julien, une porte médiévale flanquée de tours. Elle prend le nom de porte d'Aquitaine en 1753, en l'honneur du duc d'Aquitaine, fils du Dauphin, qui vient de naître. La place qui l'entoure s'appelle d'abord place d'Aquitaine.

  4. 1773 – 1780

    Le Grand-Théâtre, au nord

    Lithographie du Grand-Théâtre vers 1860 : la façade à douze colonnes et la place animée
    Le Grand-Théâtre vers 1860, lithographie. Frédéric-François d'Andiran, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

    Victor Louis construit le Grand-Théâtre, inauguré le 7 avril 1780 avec Athalie de Racine. Sa façade aligne douze colonnes corinthiennes, surmontées de douze statues de Pierre-François Berruer : les neuf muses et trois déesses, Junon, Vénus et Minerve.

  5. 1833 – 1834

    La Galerie Bordelaise

    Gravure ancienne de la Galerie Bordelaise : une allée couverte d'une verrière, bordée de colonnes, où se promènent des passants
    La Galerie Bordelaise, gravure ancienne. Didier-CTP, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

    L'architecte Gabriel-Joseph Durand perce un passage couvert, la Galerie Bordelaise, de l'angle des rues Sainte-Catherine et Saint-Rémi à celui des rues de la Maison-Daurade et des Piliers-de-Tutelle. Il ouvre au public le 1er avril 1834 et débouche toujours sur la rue, côté pair.

    Aujourd'hui : voir la Galerie Bordelaise et ses boutiques.

  6. 1894 – 2000

    Le temps des grands magasins

    Carte postale de 1905 : la rue Sainte-Catherine noire de monde, devant des boutiques aux grandes enseignes
    La rue lors des fêtes d'avril 1905, vue du cours d'Alsace-Lorraine. carte postale, éditeur inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons

    Les Nouvelles Galeries s'installent du n°50 au n°60 en 1894 et y restent plus d'un siècle, jusqu'en 2000. Aux Dames de France ouvrent en 1903 du n°11 au n°19, jusqu'en 1985.

    Aujourd'hui : les Galeries Lafayette ont repris les Dames de France ; l'ancien bâtiment des Nouvelles Galeries accueille notamment la Fnac, Sephora et Intersport.

  7. 3 décembre 1918

    La place de la Victoire

    Carte postale ancienne de la place de la Victoire, avec la porte d'Aquitaine, des automobiles et un tramway
    La place de la Victoire et la porte d'Aquitaine, carte postale ancienne. Bloc Frères, Bordeaux, domaine public, via Wikimedia Commons

    Après la Première Guerre mondiale, la place d'Aquitaine est rebaptisée place de la Victoire, pour célébrer la victoire des Alliés. Elle avait déjà brièvement changé de nom sous la Révolution (place de la Convention, en 1793).

  8. 1976 – 1984

    La rue devient piétonne

    La rue Sainte-Catherine piétonne en 2005, pavée, bordée d'immeubles en pierre, avec des passants
    La rue piétonne en 2005. Flyer84 (Wikipédia en anglais), domaine public, via Wikimedia Commons

    La plus grande partie de la rue est fermée aux voitures en 1976 et 1977, la totalité en 1984. Avec environ 1,2 km d'un seul tenant, de la Comédie à la Victoire, elle compte parmi les plus longues rues piétonnes d'Europe.

  9. 2000 – 2005

    Réaménagement et tramway

    La rue est entièrement réaménagée entre 2000 et 2003 selon le projet de l'architecte Jean-Michel Wilmotte. En 2004, la ligne B du tramway relie ses deux bouts, avec les arrêts Grand-Théâtre et Victoire. En 2005, la place de la Victoire reçoit l'obélisque hélicoïdal en marbre rouge et les deux tortues en bronze du sculpteur Ivan Theimer.

  10. 2007

    Patrimoine mondial

    Le centre historique de Bordeaux, « Port de la Lune », est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Le périmètre inclut la rue Sainte-Catherine sur toute sa longueur.

  11. 9 octobre 2015

    La Promenade Sainte-Catherine

    Entrée de la Promenade Sainte-Catherine, sous des parapluies colorés suspendus, avec des passants
    L'entrée de la Promenade Sainte-Catherine en 2022. Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

    Sur l'ancien site du journal Sud Ouest, côté impair, ouvre une galerie commerçante à ciel ouvert : la Promenade Sainte-Catherine, dessinée par les architectes Valode et Pistre, avec des logements et une place plantée.

  12. Aujourd'hui

    La rue continue de changer

    Des enseignes ferment, d'autres arrivent : on les suit dans les nouveautés de la rue.

Sources